Façonnés par l’image

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En 1957, Georges de Caunes, à une époque où la télévision était gérée uniquement par l’État, disait au public : autrefois, c’est vous qui faisiez les images, aujourd’hui, ce sont les images qui vous font.

La télévision. On la garde parfois allumée toute la journée, sans interruption, à voir mécaniquement des programmes qui étaient soumis à la censure du pouvoir jusqu’à Mitterrand et qui, à partir de 1986, sont devenus des programmes choisis par des grands groupes privés, la censure existe toujours mais moins franche, plus perverse.

Le tout premier groupe industriel à posséder une chaîne de télé fut Bouygues en 1986, lorsque Jacques Chirac a privatisé la
première chaîne de l’ORTF et qu’elle est devenue TF1.
A partir de ce moment-là, ce sont des actionnaires qui gèrent alors qu’avant c’étaient uniquement les pouvoirs publics. Le
téléspectateur n’est plus abordé comme un citoyen mais comme un consommateur. Il est d’ailleurs très facile de s’en rendre
compte par la masse de publicités que nous ingurgitons à tout moment.

Les chaînes de télévision qui sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses à appartenir au privé, nous assène des programmes de télévision formatés, qui empêchent de réfléchir, qui donnent envie de ressembler aux riches, de devenir la plus belle, le plus beau, la plus mince… etc… (mais rarement le plus intelligent !) et pire, qui habituent les gens à la violence et leur enlève leur sensibilité.
Toutes ces émissions qui mettent en scène l’humiliation de personnes, ces gens qu’on fait pleurer en direct, qu’on élimine
dans des jeux où comme disait Coluche, on joue à “qui perd perd”, les télé-réalités où on met en situation un groupe de personnes qui devront se déchirer à un moment ou à un autre.

Si vous en avez l’occasion, regardez “Le temps de cerveau disponible”, de Christophe Nick et Jean-Robert Viallet. Cet
intéressant documentaire, surtout si vous êtes adepte de la téléréalité va peut-être vous ouvrir les yeux.
Il y a parfois de bons documentaires de cette sorte diffusés à la télé. Mais quand c’est le cas, le taux d’écoute est toujours faible. Pourquoi ? Parce qu’on déshabitue les gens à s’informer, on leur résume une ou deux actualités et ils s’en contentent avant de regarder leur feuilleton favori, le dernier télé-crochet à la mode ou encore pire, la nouvelle émission ou des gens sont poussés à se détester parce qu’installés dans des situations extrêmes. Dans les séries télé, même au cinéma, (surtout made in USA) on nous habitue à des images rapides, sans temps mort, pas le temps de penser entre deux séquences, pas le temps même de prendre plaisir à une belle scène, à une belle expression. Du coup, tout documentaire paraît ennuyeux et rébarbatif.

Les gens sont coupables bien sûr, de choisir des programmes de télé les décervelant. Mais ils sont victimes aussi. Pour vouloir et pouvoir réfléchir, s’instruire, il vaut mieux être non stressé, ne pas avoir de problème pour finir les fins de mois, ne pas être fatigué par une journée de travail inintéressante et nerveusement épuisante.

Quand on rentre le soir, qu’on a fait le tour de ses problèmes, on choisit la détente, un programme qui “vide la tête”. Le problème étant que ces programmes ne se contentent pas de changer les idées au sens imagé mais aussi de changer les idées des gens au sens propre du terme. Mine de rien, entre les publicités, les infos et les émissions abêtissantes, le public avale des idées toutes faites, des habitudes de pensées et de comportement, sans s’en apercevoir.

Nous vivons dans un monde violent à bien des niveaux et regarder des anonymes s’étriper en direct, ça peut aussi désamorcer sa propre colère.
Pour se rendre compte combien la violence est entrée dans notre quotidien télévisuel, il suffit de comparer les séries policières des années passées et les séries actuelles. On nous montre des corps humains découpés, déchirés, brûlés… voire même en état de décomposition avancée. Les effets spéciaux permettant maintenant de quasiment tout reconstituer. Il aurait été impensable dans un épisode de Columbo ou de Maigret, par exemple, de montrer des scènes de ce genre.

Je ne jette pas la pierre aux gens, puisque je suis moi-même assez téléphage, je me laisse avoir par quelques séries, émissions de variété et documentaires “criminels”.
Il est extrêmement difficile d’échapper à ça.

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